« Quand mon téléphone sera-t-il mis à jour à la dernière version d’Android ? »

 

Cette question, que vous ne vous êtes peut-être jamais posée est pourtant dans l’esprit de beaucoup de monde dans l’univers technologique.

L’utilisateur moyen (90% des clients) n’a en effet aucune idée, et demande même à ne pas être dérangé avec des updates, mais les utilisateurs plus passionnés ne peuvent pas vivre sans la dernière version de leur téléphone.

Pour information, la dernière version majeure d’Android est la 4.2 et nombre d’entre vous sont encore en 2.3.. Mais cela est-il important ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

De nombreuses personnes ont encore tendance à commettre la grossière erreur de comparer avec Apple qui met ses iPhones rapidement à jour après l’annonce d’une version, mais il ne faut pas confondre les torchons et les serviettes comme on dit. Les 2 processus sont totalement et les confondre serait dommage.

Android Belgium tente donc de vous apporter les éléments de réponse à vos questions :

Que faire si je veux des mises à jour rapides?

Le premier réflexe en tant que consommateur est de se tourner vers un androphone estampillé « Nexus ». Tout comme l’iPhone, c’est un téléphone qui subit un relifting tous les ans et qui possède la mise à jour rapidement.

Ce téléphone est construit par un fabricant choisi par Google et change régulièrement : HTC a construit le premier du nom en début 2010, Samsung pour le Nexus S (fin 2010), et le Galaxy Nexus (2011) et finalement, le Nexus 4 par LG a clôturé l’année 2012.

Ces téléphones sont gérés par Google, ce qui veut dire qu’à chaque fois qu’une nouvelle version d’Android est annoncée au public, Google a déjà eu le temps de travailler dessus et la mise à jour commence rapidement en s’étalant sur plusieurs semaines. En étant un peu débrouillard, on peut le faire manuellement très rapidement.

Acheter un HTC, un Samsung, un Sony, ou un modèle « non-Nexus » par contre est une autre paire de manches ! Cela a beaucoup d’avantages, évidemment, mais pas celui des mises à jour.

Comment se déroule une mise à jour?

Google travaille secrètement sur votre Android, le système d’exploitation de votre téléphone. Une fois le timing correct et le bébé prêt à sortir au grand jour, Google annonce son système, les mises à jour commencent à apparaitre sur les Nexus et ils libèrent le code source au grand public. C’est là que le travail commence !

Premièrement, les fabricants des puces et de l’électronique de votre téléphone (la puce GSM, la puce Bluetooth, Wifi, le processeur, le processeur graphique, et tout ce petit matériel) doivent fournir les drivers.

C’est une première étape qui permet de faire le lien entre le matériel et le logiciel.

Au vu du nombre de fabricants (Qualcomm, Texas Instruments, Nvidia, et Samsung, entre autres), et du nombre de puces au sein d’un même fabricant (Qualcomm et ses Snapdragon S3, S4, and S4 Pro), chacun se développe à son propre rythme et le temps passe. Généralement, il faut compter un mois ou deux si tout se passe bien.

Ensuite, la balle passe dans le camps du constructeur du téléphone. Et c’est le chacun va y mettre son petit grain de sel.

Samsung, HTC, Sony, ZTE et tous nos copains les constructeurs ont leur petits secrets à ajouter dans le téléphone. Il y a des optimisations de la communication téléphonique (ou même des détériorations pour certains *tousse* *tousse*), des applications pré-installées sympathiques, des applications pré-installées moins sympathiques (qui n’a jamais trouvé sur son téléphone des jeux horribles ou applis bizarres, des Facebook, des éditeurs de texte, des démos de jeu,..).

Comptez alors sur six à huit semaines pour tout faire fonctionner et faire en sorte que cela corresponde aux standards de notre fabricant.

Ensuite, arrive la période marrante de customisation du système.

Comme vous l’avez remarqué, un HTC (à gauche sur la photo) ne ressemble pas à un Motorola (centre) ou Samsung (droite).

Ce que l’on appelle grossièrement les « surcouches constructeur » sont encore de longs jours de travail pour les développeurs et les graphistes. Elles sont souvent, et à tort, accusées de ralentir les mises à jour.

Pourtant, le représentant de HTC, Drew Bamford nous explique que ce n’est pas le cas : « Ce n’est pas aussi simple, meme si nous ne faisions aucune modification, que de télécharger Android de chez Google et l’implémenter sur nos telephones, cela ne fonctionne pas ainsi. Et puis meme sans customization, le processus n’en serait pas plus rapide pour être honnête !

It’s not as simple as, if we didn’t do customization, just downloading a ROM from Google. That wouldn’t work, so, even if we did no customization, I’m not sure that the process would be much faster, to be honest. »

Le grand coup des opérateurs

Bienvenue dans le monde merveilleux des opérateurs et de leurs tests.

Ce sont en fait eux qui tirent les ficelles. En effet, comme ils possèdent le réseau sur lequel on utilise les téléphones, ils ont le devoir de tester chacun des appareils un par un pour s’assurer qu’ils ne violent pas les règles de courtoisie et ne « volent » pas toute la bande passante.

Et pire encore, même si le téléphone est sur le marché, ils retestent encore la mise à jour pour la valider et c’est reparti pour un tour !

Ils veulent à tout prix la certitude que chaque téléphone sur le réseau fonctionne comme ils le désirent (et c’est compréhensible pour éviter le cahos)

Le représentant de Samsung, Mr DiCarlo nous explique : «Ils ont des ressources, du temps, du personnel, des équipements qui sont limités. Les tests sur les réseaux deviennent vite complexes avec le CDMA (ndlr : équivalent de GSM dans certains pays comme les USA ou en Asie), le GSM, la 3G, la 4G (LTE), les multiples fréquences, et la VoLTE l’an prochain.Les différents opérateurs dans chacune des régions, les tests dans des régions voisines, tout cela fait que le test réseau est d’une complexité affolante »

« They’ve got limited resources, people, time, equipment,yhe test scopes for these, as the networks get more complex with CDMA, GSM, LTE, multiple bands, now getting into VoLTE next year, different regions of the network are made with different network providers, so they have to test in all the regions. So the network testing complexity is extraordinary. »

Chaque opérateur a sa propore équipe de validation. Ils font tout, depuis des tests aux chocs matériels, au fameux « benchmarks » pour quantifier précisément des performances. Ils utilisent de même des tests automatisés du logiciel pour vérifier des ralentissements dégradations dans les performances.

Quand ils accordent finalement l’ « Acceptance Technique » ou TA en anglais, ils veulent être certains de maintenir leurs standards.  «Nous essayons d’anticiper au maximum les nouveaux téléphones » explique Jason Young de T-Mobile (célèbre opérateur américain), « Nous essayons aussi de prioritiser en fonction de la demande du marché, mais c’est un sujet un peu tabou »

« We try to do capacity planning. We look ahead in the year and we are setting projected TA (or Technical Acceptance) dates for devices 6-12 months in advance. Then we work backwards from there. » When they anticipate many device updates coming near each other they ask, « What device is more important for us to bring to market? This prioritization is a sticky subject. “

Si vous êtes un opérateur et que vous devez tester 30 à 40 téléphone en même temps, voire en centaines, selon eux, cela devient difficile à gérer avec les nouveaux téléphones excitants du marché par rapport aux ancêtres d’il y a deux ans.

Ce qui est important ici, c’est de se rendre compte que la Belgique ne fonctionne pas du tout comme la majorité des pays. Que ce soit en France, aux Etats-Unis, ou presques partout dans le monde, les téléphone sont subsidiés par l’opérateur et inclus dans le forfait.

En Belgique, en plus de payer les prix les plus chers, nous payons aussi notre téléphone de plein pot et les cycles de 2 ans du chapitre précédent est difficilement compréhensibles.

Le représentant de HTC ajoute encore : « quand nous fournissons une mise à jour aux opérateurs, on peut l’utiliser dans nos labos pendant 6 mois avant qu’il ne soit validé. »  Le représentant de T-Mobile confirme une période de 3 à 6 mois.

« I can tell you that when we release a new product to carriers, we can have it running in our labs for six months before it’s released by the carrier, It can take a long time”

Et nous voici déjà à presque 9 mois d’attente

Mais Apple, c’est beaucoup mieux!

Alors Apple qui nous annonce sont nouvel OS et la nouvelle mouture d’iOS c’est juste magique, je peux la télécharger sur mon iPhone après 2 jours !

Les champions de la poudre aux yeux maitrisent bien leur spectacle ! Un représentant de Sprint (autre opérateur US) explique :

“Je ne pense pas qu’Apple soit plus rapide pour les mises à jour, il semblent juste plus réactifs, parceque quand ils annoncent leur OS, c’est qu’ils le lancent pour de vrai. Ils attendent la fin de la chaine pour leur annonce publique. Beaucoup de choses sont dûes au fait qu’ils sont à chaque bout de leur chaine de production, ce sont les même personnes qui travaillent chez plus de 250 opérateurs à travers le monde pour cette validation.

Pendant que Google annonce leur nouvelle mouture au grand public et donne l’accès aux fabricants de téléphone, ils n’en sont qu’à une petite partie du processus. Il semble donc que Google prenne beaucoup plus de temps mais l’illusion est juste qu’à ce stade, Apple n’a encore rien annoncé. Je pense que le cycle de vie Android / iOS est relativement similaire, la seule différence est que Google l’annonce en plein milieu. »

« I don’t think that Apple is necessarily any faster, I think it just appears faster because when they’re announcing the OS release, they’re launching it. A lot of that is just because they control the platform stack, but they have the same group of people who are working continuously on the network integration pieces for their 250 wireless carriers across the world. So, while Google is announcing the software when it’s done at the platform-level only, and then they allow OEMs access to it so that they can build that network integration layer. It appears that Google and the Android process takes much longer. It doesn’t. Google just takes it half way, and then it’s up to the manufacturers and carriers to take it the rest of the way so that it will work on a network…. I think the overall cycle from start to finish is relatively similar between iOS and Android, it’s just the point at which the platform is announced. »

Du fait qu’Apple n’offre pas la diversité (que certaines personnes mal informées appellant fragmentation) que l’on retrouve chez Android, cela facilite encore les adaptations. C’est aussi pour cela que la gamme Nexus est favorisée, de par sa similarité avec le modèle unique annuel de l’iPhone.

La théorie du complot

Nos specialists des theories de la conspiration nous expliquent que les opérateurs et les fabricants ne se bougent pas spécialement, afin de rendre les modèles des precedents années obsolètes et favoriser l’achat de nouveaux modèles plus chers.

Personne ne communiquera officiellement là-dessus, mais c’est une piste non négligeable 😉

Tout n’est pas rose dans notre monde et ce n’est pas demain que nous vivrons dans un monde de bisounours avec des licornes qui courent entre les arcs en ciel.

Encore une fois, une question de priorités. Les fabricants qui nous innondent de 20 ou 30 téléphones par an ne peuvent décemment pas fournir les ressources infinies pour les mises à jour.

Quoi qu’il en soit, avec le choix des Nexus ou des fabricants plus corrects comme Asus qui est considéré comme le bon élève pour les mises à jours, vous aurez le choix entre un système qui vous convient ou celui qui sera mis à jour.

Avec un peu de chance, les deux en même temps !

Et la Belgique dans tout cela?

Désolé de vous l’annoncer, mais notre plat pays n’intéresse personne. Les marchés dominants sont les Etats-Unis, l’Asie, la France, L’allemagne, le Royaume Uni.

La belgique n’est que la dernière d’une longue liste de pays à prioritiser.

Ne tournons pas autour du pot, nous sommes clairement mis de côté et cela ne changera pas!

Comment améliorer cela?

Il n’y a pas 36 solutions.

La premiere serait que nos amis les fabricants se décident à arrêter la folie de produire des téléphones à la pelle et se concentrer sur quelques hits chaque année, voire un seul. C’est l’approche que semblent prendre HTC et Motorola pour le moment. (ou du moins l’impression qu’ils donnent)

Le seconde solution est de prendre son courage à deux mains et installer des ROM’s alternatives.

Ce n’est pas si compliqué, mais cela reste toujours un terrain dangereux et qui comporte aussi bien d’excellentes surprises que des mauvaises !

Image credit: Shutterstock/gui jun peng

Ceci est une adaptation et traduction libre de l’excellent article de gizmodo